o’ MascareignesDiplaclodes lefebvrii (Rambur, 1842)

EspècesOdonates des îles MascareignesDiplacodes lefebvrei

Citation – Yerokine M. 2024 o’ Mascareignes – Diplacodes lefebvrii (Rambur, 1842). – En ligne, La Selysienne, odonatagallica.com, v0 (3 avril 2024), version du 19 mai 2024.

Les Diplacodes lefebvrii se rencontrent sur une grande partie de l’Afrique, de Madagascar, de Mayotte, des îles de l’Ouest de l’Océan indien, de  l’Eurasie et de certaines parties du pourtour méditerranéen européen. À La Réunion ce sont les Anisoptères les plus petits et les plus nombreux.

Éléments de description

Les mâles mesurent de 30 à 33 mm, à maturité et vus à distance ils apparaissent noirs mais de près ils ont une couleur gris-bleu-noir très foncé. La tête est noire de teinte cramoisi foncé avec sur le front 2 spots bleu métallique. Les ailes présentent une zone ambrée qui couvre les nervures costales et sub-costales ainsi qu’une grande zone qui s’étend du ptérostigma à l’apex. À leur base les ailes postérieures présentent de petites taches alaires sombres. Les ptérostigmas sont sombres à noirs.

Diplacodes lefebvrii – Mâle

Les femelles sont plus petites que les mâles : 25 à 27 mm elles sont jaune paille avec l’abdomen plus ou moins strié de noir en vieillissant elles vont devenir entièrement bleu foncé. Les yeux sont bicolores rouge cramoisi et gris . Les ptérostigmas sont de couleur chamois et s’assombrissent avec l’âge. A l’exception des taches des ailes postérieures, plus petites que celles des mâles,  couleur caramel clair, les ailes des femelles sont hyalines.

À l’émergence les mâles et les femelles sont relativement semblables, seuls les appendices anaux et l’abdomen (taille réduite et forme évasée des femelles) différencie les deux sexes.

MâleFemelle

Habitats

À La Réunion les Diplacodes lefebvrii affectionnent les eaux calmes et faiblement profondes comme les étangs littoraux (Étang St Paul, Étang du Gol et Étang de Bois Rouge ) et de leurs affluents (Ravine Bernica, Ravine Divon, Ravine du Gol…), les bassins permanents (Bassin Vital, Bassin des Aigrettes, Cité mare à pétrole, Parc du colosse, STEP de St Leu…), les bras calmes des rivières (Rivière des galets, rivière St Étienne…), les embouchures des ravines.

En altitude avec des densités moindres on peut les rencontrer dans les ravines qui restent en eau l’hiver jusqu’à 800 m d’altitude (Grande ravine…) avec une exception altitudinale à Mare à Martin (1115 m) . Mare à Martin étant aussi la seule station faisant cohabiter Africallagma glaucum et Ischnura senegalensis.

Prairies inondées de l’Étang St Paul
Anciens bassins de décantation de la STEP de St Leu
Cascade de la Grande Ravine
Rivière de galets
Mare éphémère – Salines-les-Bains
Embouchure de la Ravine des Lataniers

Les Diplacodes lefebvrii ne sont pas trop exigeants sur la qualité de l’eau on peut les voir s’installer sur des déversoirs d’eaux bien polluées.

Comportements

Mâles perchés sur une tige

Les mâles matures se tiennent le plus souvent  perchés sur une tige ils surveillent les proies, les intrus et surtout les femelles, n’ayant pas de souci pour se frotter aux espèces plus grandes (Trithemis et Orthetrum), Quand ils sont en top grand nombre sur une station ils virevoltent en tous les sens avec la reproduction comme principal objectif. Sur les sites dépourvus de végétation ils se posent sur des promontoires rocheux.

Mâle posé sur un rocher

Les femelles de toute génération ainsi que les mâles immatures se tiennent souvent en groupe à l’écart des points d’eau et des mâles ne s’en approchant que pour la reproduction.

Femelles au repos
Femelle posée les ailes tombantes (“dropwing”)

Mâles et femelles sont des adeptes modérés de la position de l’obélisque, ce qui fait interroger sur la signification réelle de cette position : diminution de la surface corporelle pour lutter contre la chaleur, position de domination ou de défense… une étude a été mené par Couteyen (2000) sur Trithemis annulata.

Mâle en vol

Les mâles Diplacodes lefebvrii volent souvent sur de courtes distances pour changer de perchoir, saisir une proie ou battre le fer avec un congénère ou autre. Ils sont assis adeptes du vol sur place et toujours à faible distance de l’eau. Les femelles volent pour rencontrer les mâles et pondre.

Accouplement (cœur copulatoire, tout juste posé)

Reproduction

Sur la zone littorale de la réunion l’espèce est certainement multivoltine, on peut assister à des comportements de reproduction toute l’année. Il n’en est pas de même dans les zones de moyenne altitude (600 m à 800 m) où pendant la période hivernale (mai à septembre) les Diplacodes lefebvrii ne sont pas visibles.

Les mâles saisissent les femelles qui passent sur les plans d’eau et cela donne souvent de grosses empoignades entre eux, l’accouplement n’est pas très long et est souvent dérangé à de nombreuses reprises par d’autres mâles. La femelle pond en solo directement dans l’eau le plus souvent sous la surveillance du mâle.

Accouplement (cœur copulatoire)
Accouplement (cœur copulatoire)
Deux mâles se disputant une femelle
Ponte sous la surveillance du mâle
Femelle en ponte en solo
Femelle en ponte en solo
Larve (15 mm)
Exuvie (15 mm)

Prédation

Les Diplacodes lefebvrii sont des proies pour beaucoup de prédateurs en voici quelques exemples en images.

Piégée par l’araignée, Argiope trifasciata
Repas du Héron strié (Butorides striatus)
Attaque par une guêpe, Polistes olivaceus
Repas d’Anax imperator

Références citées

  • Couteyen S. 2000 – Déterminisme de la posture de guet chez Trithemis annulata haematina (Rambur, 1842) (Odonata Anisoptera : Libellulidae). – Martinia, 16 (3) : 101-106.
  • Yerokine M. 2024 o’ Mascareignes – Diplacodes lefebvrii (Rambur, 1842). – En ligne, La Selysienne, odonatagallica.com, v0 (3 avril 2024), version du 19 mai 2024.

Texte de Michel Yerokine (photos sous © de l’auteur – tous droits réservés), mis en ligne le 3 avril 2024