Macromia splendens (Pictet de la Rive & de Selys Longchamps, 1844)


Espèces de France métropolitaine, Macromia, Macromia splendens / mercredi, septembre 23rd, 2020

Cordulie splendide [olim]

VU 2001 Biosphère – VU 2009 Bassin méditerranéen – VU 2010 Europe – VU 2016 (EN 2009, DD 1994) France

Berne (An.II) – Directive Habitats (An.II+IV) – Protégée en France

©© bync – Pierre Juliand – Ardèche le 13 juin 2009
Monde des Insectes

Espèce atlanto-méditerranéenne. Elle est endémique du sud-ouest de la France et de la péninsule Ibérique. Dans notre pays, elle est surtout présente dans les bassins de la Garonne, de l’Hérault et de l’Ardèche. Elle a été récemment observée dans le bassin de la Charente (Prud’homme & Suarez 2007).

Les larves occupent des eaux relativement profondes et sombres (parfois jusqu’à 10 m de profondeur), très peu courantes, voire quasi stagnantes dont la température dépasse les 20°C au cours de l’été, généralement sous influence méditerranéenne. Les substrats occupés sont variés : sablo-limoneux, vaseux, chevelu racinaires, voire rochers. L’altitude maximale observée pour une émergence est de 480 m (Leplt & Suhling 2005). Lors de la période de maturation, les adultes quitent les habitats de leur naissance et semblent occuper les coteaux ou plateaux qui surplombent le plus souvent les cours d’eau qu’ils occupaient ; ainsi détectés sur le bassin de l’Aude (C.Deliry, com.). Les mâles patrouillent selon de très grands tronçons de la rivière en période de reproduction, parcourant plus de 200 m de linéaire. Les femelles, discrètes, ne sont le plus souvent repérées que lors des pontes. Les seuls déplacements évoqués sont ceux qui vont des sites de reproductions au plateaux ou coteaux voisins lors de la maturation, et, retours. On ne dispose pas d’informations sur d’autres déplacements notables chez cette Libellule. Espèce caractéristique des eaux vives (Liste Verte du SE de la France).

Les adultes volent de fin mai à juillet et parfois fin août. La maturation dure deux semaines. Les pontes sont principalement faites en juillet. Le développement larvaire dure deux ans.

Les larves ont une activité nocturne (Leiplt & Suhling 2005). J.L.Dommanget (com.) a remarqué récemment que les effectiifs des larves dans le Bassin du Tarn avaient fortement diminués. Ceci est concomittant avec l’expansion des populations d’Ecrevisses américaines (compétition trophique envisagée avec les larves de la Cordulie splendide).

PNAO (2011-2015) – Elle occupe principalement les bassins de l’Hérault, du Tarn, de l’Aveyron, de l’Ardèche et de l’Aude. Elle a été découverte en situation septentrionale, sur une belle série de localiltés de la Vallée de l’Eyrieux en Ardèche, stations particulièrement bien suivies par le Groupe Sympetrum et ses collaborateurs. Une synthèse est en cours de rédaction à leur sujet. On connaît en outre des indications mal vérifiées dans les Landes ou sur le cours de la Charente, secteur mieux étudié que les précédents. L’indication de l’espèce dans le Var semble relever d’une erreur qu’il conviendra d’apprécier avec plus d’attention en raison de la découverte récente de Gomphus graslinii sur ce département (C.Deliry, com.). On avait envisagé dans les années 2000 que cette espèce était En Danger dans le pays, néanmoins cette vision trop pessimiste a été revue en catégorie Vulnérable en 2016.

Jusqu’à une époque relativement récente l’espèce était particulièrement mal connue. Ainsi Aguesse (1968) ne connaissait la Cordulie splendide que de la région de Montpellier, du Lot et en Espagne et au Portugal avec une localité pour chacun de ces deux pays. Dans les faits l’espèce avait aussi signalée de Poitou-Charente et d’Ardèche au XIXe siècle. Ce n’est qu’à partir des années 1980, sous l’impulsion de J.L.Dommanget, puis celle de D.Grand, enfin celle des ardèchois, A.Ladet, C. et P.Juliand que les données ont commencé à se multiplier en France. Lieftinck (1965) avait fait un premier effort de connaissance et de synthèse. Entre temps les connaissances ont progressé dans la Péninsule ibérique et de manière très ponctuelle sur la façade atlantique française (Découverte sur la Dronne en Charente-Maritime en 2004). Après une période de relative stabilité des connaissances sur la répartition de nouveaux progrès sont effectués dans les années 2010 en France… on peut même penser à une progression de l’espèce. Ainsi de nouvelles populations sont découvertes dans la Vallée de l’Eyrieux au centre de l’Ardèche en 2013. Celles-ci confirmées par une équipe du Groupe Sympetrum en juillet 2014 se révèlent importantes. Enfin la mission post-ECOO en juillet 2014 découvre une très belle population dans le Haut Bassin de l’Aude. De fait cette population était connue par M.Vaslin depuis 2009 (www). Par contre les prospections plus au nord sur le Doux réalisées par R.Krieg-Jacquier et C.le Merrer en août 2014 se sont révélées pour l’heure négatives (Deliry 2014). De nouvelles prospections régulières sur l’Eyrieux confirment la pérennité et la bonne santé de cette population septentrionale, mais rien n’a encore été trouvé sur le Doux, habitats pourtant favorable.

Auvergne – Présente très ponctuellement dans le sud du Cantal à la limite de la région (rivière du Lot).

Languedoc Roussillon – Cette région abrite parmi les plus fortes populations de cette espèce pour le Monde. Notons que c’est de Montpellier qu’on été décrits les premiers individus de cette espèce sous Cordulia splendida par Pictet de la Rive in de Selys Longchamps (1843). Malgré ce fait on retien avec les auteurs, la date de 1843 (postérieure de quelques jours) pour la description de cette espèce qui a été en fait présentée collégialement par Pictet de la Rive et de Selys Longchamps dans un double article commun.

Midi-Pyrénées – Cette région abrite parmi les plus fortes populations de cette espèce pour le Monde.

  • Aveyron – Espèce découverte en 1972 dans la Vallée du Tarn. Un suivi régulier a été mené par l’équipe de J.L.Dommanget dès 1979 (Dommanget 1995).

Poitou-Charentes – Elle est connue dans les bassins hydrographiques de la Charente et de la Garonne.

Rhône-Alpes – Ardèche – VU 2014, à préserver (2000) – VU 2013 (Ardèche) – Indiquée le 2 juin 1869 par Guenée. Cette région abrite en Ardèche parmi les plus fortes populations de cette espèce pour le Monde. L’espèce est connue pour voler en Ardèche de début juin à début août, optimum fin juin. Observée principalement en juin-juillet. Une exuvie y a été toutefois été trouvée le 25 mai 1997. Elle est indiquée selon d’autres sources de fin mai à mi août et au-delà, la situation septentrionale du département pour l’espèce pourrait avoir un impact sur sa phénologie locale. Elle est particulièrement suivie dans le cadre du PNAO sous la coordination d’Alain Ladet. On ne la connaît donc qu’en Ardéche et a été il y a peu, découverte en situation septentrionale dans le Bassin de l’Eyrieux où elle est l’objet de recherches régulières par le Groupe Sympetrum (OdoRunAlpes). Les recherches plus au nord sur le Bassin du Doux se révèlent négatives.

Populations de l’Ardèche en continuité avec celles du Gard et en jaune, Bassin de l’Eyrieux

Références

  • Aguesse P. 1968 – Les Odonates de l’Europe occidentale, du nord de l’Afrique et des Iles Atlantiques. – Masson, Faune de l’Europe et du Bassin méditerranéen, vol.6, Paris : 258 pp.
  • Aubin G. & Gaillard E. 2014 – Première preuve de l’autochtonie de Macromia splendens dans le bassin de l’Eyrieux (Ardèche) (Odonata : Macromiidae). – Martinia, 30 (1) : 29-34.
  • Castagnet J.B. & al. 2014 – Cartographie des sites d’émergence de la Cordulie splendide Macromia splendens (Pictet, 1843) et de la Cordulie à corps fin Oxygastra curtisii (Dale, 1834) dans les Gorges du Tarn (Lozère-48) : répartition, biologie et écologie. – PNAO, Alepe.
  • Chauvet C. 2014Amélioration des connaissances des populations d’odonates d’intérêt patrimonial et complément des inventaires au sein de l’Espace Naturel Sensible des Gorges de l’Ardèche. – Rapport de stage, Univ. Toulouse III, Synd. de Gestion des Gorges de l’Ardèche.
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  • Deliry C. 2014 – Les espèces du genre Macromia Rambur, 1842 (Odonata : Macromiidae). Une compilation. – Histoires Naturelles n°35.
  • Dommanget J.L. 1980 – Vers une protection des odonates (libellules) de France. Un exemple: Macromia splendens Pictet. – Cahiers Liaison OPIE, 14 : 1-4.
  • Dommanget J.L. 1995 – Recherches étho-écologiques sur Macromia splendens dans les départements de I’Aveyron et du Tarn. – Bulletin de la Société entomologique de France, 100 : 535-537.
  • Dommanget J.L. 2001 – Etude de Macromia splendens (Pictet, 1843) dans la vallée du Tarn (Tarn, Aveyron) et statut patrimonial de l’espèce (Odonata, Anisoptera, Macromiidae). – Min. de l’Environ., SfO : 136 pp.
  • Dupont P. (coord.) 2010 – Plan national d’action en faveur des Odonates 2011-2015. – OPIE/SfO, Min. de l’Ecologie : 170 pp. – PDF LINK
  • Grand D. 1988 – Confirmation de la présence dans le Gard (30) et l’Hérault (34) de Macromia splendens (Pictet, 1843)(Odonata, Anisoptera, Corduliidae). – Martinia, 4 : 97-101.
  • Grand D. 1989 – Sur les traces de Macromia splendens (Pictet, 1843) en France méditerranéenne (Odonata, Anisoptera : Corduliidae). – Martinia, 5 (3) : 59-63.
  • Grand D. 2002 – Sur la distribution de Macromia splendens (Pictet, 1843) en région méditerranéenne française : complément et synthèse. Actes des premières et secondes rencontres odonatologiques de France (Bonnevaux, 4-6 Août, 1990 – Oulches, 16-19 juin 1995. Martinia, numéro hors série, Novembre 2002.
  • Grassé P. 1930 – La Nymphe de Macromia splendens Pictet. – Annls Soc. Ent. Fr., 99 : 9-14.
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