Lestes macrostigma (Eversmann, 1836)


Espèces de France métropolitaine, Lestes, Lestes macrostigma / samedi, juin 13th, 2020

Leste à grands stigmas [olim]

syn. – Lestes virentis de Charpentier, 1840 [1]

NT 2009 Bassin méditerranéen – EN 2010 Europe – EN 2016 (LR2 1987) France

Espèce mediterranéo-touranienne. Elle se trouve sur des stations du littoral du nord d ela Méditerannée, de la Mer Noire, de la Caspienne et de la Mer d’Aral. On la trouve aussi sur des habitats steppiques salés s’étalant de l’Autriche, la Hongrie à l’Asie centrale et le sud-ouest de la Sibérie, voire jusqu’en Mongolie. En Europe de l’ouest des populations isolées se trouvent en outre sur le littoral Atlantique depuis le Portugal à la France.

PNAO (2011-2015) – Le Leste à grands stigmas est une espèce à forte valeur patrimoniales en France. Elle est connue dans le pays essentiellement en Camargue ainsi qu’en Crau humide, et, sur quelques sites voisins du littoral Atlantique depuis l’estuaire de la Gironde au Marais de Guérande en Loire-Atlantique. Elle est de plus connue en Corse et a été redécouverte récemment dans l’Hérault, département où elle fut signalée jadis. Une population a existé un temps en Camargue gardoise. Sur le littoral Atlantique les populations se trouvent sur des habitats annexes aux marais salants depuis le Marais de Guérande (station disparue ou instable) à la Charente-Maritime en passant par la Vendée. Enfin les populations du littoral de Corse sont assez nombreuses et bien représentées (C.Berquier, com.).

L’espèce occupe en France les marais saumâtres littoraux, dans des habitats annexes aux marais salants sur la façade Atlantique du pays. Des apports d’eau douce hivernaux viennent modérer la salinité des habitats au printemps et toutes les stations connues présentent un assèchement estival. Un assèchement trop précoce se traduit par l’arrêt du développement des larves qui meurent. Au moment des émergences l’évaporation ayant opéré, les eaux peuvent atteindre les 23 g/l de sel. Ce sont parfois de petit habitats en Camargue ou en Crau humide, mais ils peuvent atteindre jusqu’à 69 ha (Lambret & al. 2009). Ils se caractérisent par la présence de Bolboschoenus maritimus ou parfois Juncus maritimus. En Corse on les trouve parfois sur de petits plans d’eau douce (J.L.Dommanget, com.), peut être en erratisme (C.Deliry, com.). Les adultes restent généralement vers les sites de reproduction, néanmoins certaines années lors d’explosions démographiques il peuvent se disperser à grande distance. Ainsi des individus – probablement issus de Camargue ou de Crau humide – se sont-ils dispersés jusque dans le Vaucluse (Bence & Bence 1989), l’Isère, voire la région lyonnaise. Ce type de dispersion reste rare et les meilleures années c’est simplement la Crau voisine qui est envahie. On trouve alors l’espèce sur des eaux douces, des fossés, des mares, étangs ou gravières. Les pontes sont principalement observées dans les tiges de Bolboschoenus maritimus ou parfois de Juncus maritimus (Faton & Deliry 2000, Lambret & al. 2009), néanmoins d’autres substrats végétaux sont utilisés (D.Cohez, com.). Les oeufs se maintiennent pendant la période d’attente hvernale dans l’aérenchyme des hélophytes.

Les adultes volent entre la mi mai et fin août, ce en fonction de la latitude ou selon les années selons les conditions météorologiques. Pic des observations en juin. Les œufs passent l’hiver sans éclore comme chez les autres espèces du genre en Europe. Le développement larvaire survient alors au printemps et est très rapide puisqu’il dure selon Aguesse (1960) de 8 à 10 semaines.

Les stations semblent bien fonctionner sur un principe de métaopulations et leur occupation ou production peut clairement fluctuer d’une année à l’autre.

Corse – Les populations sont suivies aux Bouches de Bonifacio [2010]. Les populations du littoral de Corse sont assez nombreuses et bien représentées (C.Berquier, com. 2019).

Pays de la Loire

  • Vendée – L’espèce est suivie depuis 2002 au Marais du Daviaud [2010]. Elle est connue par exemple à l’île de Noirmooutier, mais mal connue [2010]. Par ailleurs les populations sont comptées et la salinité suivie au Marais de Müllembourg [2010].

Languedoc Roussillon

  • Hérault – Découverte le 7 juin 2017 au Grau du Roi par Justine Bertrand & al. sur une petite mare saumâtre de la sansouire, entourée de Scirpes et de Joncs. La population rencontrée comportait 4 mâles et 3 femelles, mais aucune exuvie n’a été trouvée ; la reproduction ne peut donc être confirmée.

Pays de la Loire – Espèce en limite de répartition bien suivi sur ses stations annexes aux marais salants en Vendée et découverte en Loire-Atlantique au marais de Guérande récemment (Picard & Meurgey 2005). Notons que mes recherches sur ce site quelques années auparavant étaient restées veines (C.Deliry, com.). Cette station semble avoir disparu depuis ou est instable. C’est la station la plus septentrionale de France, voire du Monde.

Poitou Charentes CR 2007

  • Charente Maritime – Suivi et inventaire régulier des stations connues.

Provence Alpes Côte-d’AzurEN – L’espèce n’est connue que dans les Bouches-du-Rhône. Elle a pu être observée lors d’explosions démographiques jusque dans le Vaucluse. Alors que l’espèce y est connue depuis les années 1950-1960 (cf. Aguesse 1960), il faut attendre les années 1980 à 2000 pour que de nouveaux inventaires systématiques de ce Leste remarquable, soient réalisés notamment par Jean-Michel Faton et Cyrille Deliry, en collaboration avec la Tour du Valat, la RN de Camargue ou celle du Viguiérat. Cette dynamique sera relayée par les importants travaux détaillés sur la présence, la connaissance de l’habitat, des populations et la biologie de l’espèce sous la coordination de Philippe Lambret. Ceux-ci aboutissent à diverses publications sortant régulièrement (Lambret & al. 2009…).

  • Bouches du Rhône – Elle ne se trouve qu’en quelques points de Camargue et de la Crau humide. Le Leste à grand stigmas est suivi au Marais du Vigueirat, sur la Réserve Naturelle de Camargue et à la Tour du Valat [2010]. Cohez & al. (2010) rendent compte d’une grande variabilité de l’espèce sur le site de la Tour du Valat où le nombre de mare occupées peut aller d’une seule comme en 2006 jusqu’à 25 comme en 2010.
©© bysa – Jean-Michel Faton – Couple sur des Scirpes maritimes dans la réserve de la Tour du Valat en Camargue (Bouches du Rhône – France)

Références

  • Aguesse P. 1961 – Contribution à l’étude écologique des Zygoptères de Camargue. – Thèse de Doctorat Sci.Nat., Paris, imp. CRDP Aix en Provence.
  • Bence S. & Bence P. 1989 – A propos des récentes observations de Lestes macrostigma (Eversmann, 1836) dans le Vaucluse et observation de l’espèce en 1988 dans les Bouches-du-Rhône. – Martinia, 5 (3) : 64.
  • Cohez & al. 2010 – Evaluation du plan de gestion 2007-2010 du domaine de la Tour du Valat. – Document.
  • Dupont P. (coord.) 2010 – Plan national d’action en faveur des Odonates 2011-2015. – OPIE/SfO, Min. de l’Ecologie : 170 pp. – PDF LINK
  • Lambret P., Cohez D. & Jaczack A. 2009 – Lestes macrostigma (Eversmann, 1986) en Camargue et en Crau (Bouches-du-Rhône, France (Odonata, Zygoptera, Lestidae). – Martinia 25 (2) : 51-65 + erratum : Martinia, 25 (3) : 115.
  • Picard L. & Meurgey F. 2005 – Découverte d’une population de Lestes macrostigma dans le département de la Loire-Atlantique (Odonata, Zygoptera, Lestidae). – Martinia, 21 (3).

Liens externes

Notes

[1] – Ce synonyme est proposé par Dupont (2010), or après vérification à la source, il n’est pas dans l’ouvrage considéré. On y trouve bien un Agrion virentis cité entre parenthèses, mais sans description, ni claire attribution. Au mieux ce serait un synonyme très mineur.