Une nouvelle espèce de Libellule dans le Mercantour (04)

Anonyme 2021 – Le réchauffement climatique aurait conduit une nouvelle espèce de libellule à Barcelonnette. – Dauphiné Libéré, 19 janvier 2021.

Le territoire du Parc du Mercantour accueille une cinquantième espèce de Libellules avec Aeshna isoceles. Celle-ci a été découverte le 26 juin 2020 à l’altitude remarquable de 1120 m, localité qui n’était pas occupée par cette espèce en 2017 et 2018. Dans un contexte similaire, associé au réchauffement climatique, Sympetrum pedemontanum a été découvert en 2015, puis en 2018 dans le Bassin de Barcelonnette.

©© bysa – Sir Lain – Wikimedia commons

Reméandrage et explosion de la faune odonatologique à la Réserve Naturelle du Pinail

Beaune D. & Sellier Y. 2021 – Stream restorations with meanders increase dragonfly and damselfly diversity and abundance, including an endangered species. – J. for Nature Conservation, 12 janvier 2021.

Résumé (traduction libre)

[La restauration de cours d’eau avec reméandrage augmente la diversité et l’abondance des libellules et demoiselles, incluant une espèce menacée.]

Cette étude présente des exemples de projets de restauration réussis pour la conservation de la biodiversité. Dans l’Ouest de la France, la réserve naturelle nationale du Pinail est une zone humide protégée parsemée de plus de 6000 mares. Cette zone humide est habitée par 50 espèces d’Odonates et constitue donc une zone de biodiversité clé pour la conservation des demoiselles et des libellules. Dans le passé, lorsque le calcaire était exploité, les cours d’eau du plateau étaient artificiellement canalisés de façon rectiligne, pour se jeter dans la Vienne. Finalement, les cours d’eau ont été bloqués par la biomasse et les sédiments, ce qui a eu pour effet de faire couler l’eau principalement sous terre. En 2011, deux projets de restauration ont permis de creuser et de recréer des habitats perdus tels que des cours d’eau et des méandres en reconnectant ouvertement des masses d’eau stagnante (deux sites sont concernés : ruisseaux Rivau (20 m) et Hutte (400 m)). La diversité et l’abondance des espèces d’Odonata sont surveillées chaque année à la suite d’inventaires par transect depuis 1995 et toujours en cours. La diversité et l’abondance ont été comparées avant et après la restauration. L’abondance et la diversité des espèces ont augmenté sur les deux sites en raison de l’ajout d’habitats lotiques et donc de nouvelles espèces supplémentaires. Le nombre d’espèces observées a presque doublé sur le Rivau (de 5,4 espèces observées à 9,9 spp). Par extrapolation, le nombre total d’espèces sur le site est passé de 15-18 spp à 29-37 spp. L’abondance a également fortement augmenté avec 770 % d’individus supplémentaires sur le cour d’eau. De même, sur le ruisseau Hutte de 400 m, la diversité extrapolée est passée de 31-38 spp à 35-43 spp ; ainsi que l’abondance avec 475% d’individus en plus. Ces projets de restauration ont créé de nouveaux habitats, ce qui a permis d’enrichir la biodiversité locale et d’assurer la réussite de la conservation. Plus précisément, Coenagrion mercuriale (Odonata : Zygoptera), une des demoiselles les plus menacées d’Europe et inscrite sur la liste de la directive européenne « Habitats », a réussi à recoloniser le ruisseau du Rivau et à coloniser le ruisseau Hutte.


Abstract

This study presents examples of successful restoration projects for biodiversity conservation. In West France, the Pinail National Nature Reserve is a protected wetland interspersed with more than 6000 ponds. This wetland is inhabited by 50 species of Odonata and thus is a key biodiversity area for damselflies and dragonflies conservation. In the past, when the limestone was exploited, the streams of the plateau were artificially channeled rectilinearly, running to the Vienne River. Eventually streams were blocked by biomass and sediments resulting in water flowing mainly underground. In 2011, two restoration projects dug and recreated lost habitats such as running streams and meanders by openly reconnecting bodies of standing water (two sites: Rivau (20 m) and Hutte (400 m) streams). The Odonata species diversity and abundance are annually monitored following transect inventories since 1995 and still ongoing. Diversity and abundance were compared before and after the restoration. The abundance and species diversity increased at both sites due to the addition of lotic habitats and consequently additional new species. The number of observed species almost doubled on the Rivau (from 5.4 observed species to 9.9 spp). By extrapolation the total species number on site increased from 15-18 spp to 29-37 spp. The abundance also greatly increased with 770% more individuals on the Rivau. Similarly, on the 400 m Hutte stream, the extrapolated diversity increased from 31-38 spp to 35-43 spp; as well as the abundance with 475% more individuals. These restoration projects created new habitats leading to local biodiversity enrichment and conservation success. More specifically, Coenagrion mercuriale (Odonata: Zygoptera), one of Europe’s most threatened damselflies and listed in the European Habitats directive, successfully recolonized the Rivau stream and colonized the Hutte stream.

Leucorrhinia pectoralis (de Charpentier, 1825)

Leucorrhine à gros thorax

© Laurent Valette

C’est de Selys Longchamps (1850) qui publie clairement la première mention en France, notamment de Bondy et Fontainebleau en région parisienne, néanmoins il est très probable que de Villers (1789) fasse déjà référence à cette espèce lorsqu’il parle de Libellula rubicunda dans la région lyonnaise.

Signalée sous Libellula rubicunda, cette espèce n’est pas rare vers Lyon (de Villers 1789). Elle est précisée vers Bondy et Fontainebleau en région parisienne, nord du pays (de Selys Longchamps 1850). Elle habite le nord et l’est de la France, ainsi que les Landes. Elle descendait jusque dans la Drôme d’où elle a disparu. Manque en Corse. C’est une espèce en limite occidentale de répartition en France. Si elle semble stable en Aquitaine, dans les Vosges ou le Jura, elle est fragile dans d’autres zones (Moncorps & Siblet 2017).

Espèce eurosibérienne, aussi dite ouest-sibérienne. La Leucorrhine à gros thorax se trouve principalement en Europe centrale et septentrionale. Elle est plus éparse en Europe occidentale, notamment en France où elle est localement en déclin (Deliry 2017).

Cartographie Odonatologie française (2019) – ©© byncsa – Cyrille Deliry
Sources – INPN (2019), Faune France (2019), Société française d’Odonatologie (2006), Dommanget (1987)
En bleu se trouvent les départements simplement visités (erratisme, voire mini invasions)

Aeshna juncea (Linnaeus, 1758)

Aeschne des joncs [de Selys Longchamps 1840]

© Bruno Durieu – Mâle en vol

NT 2006 France

Holarctique, boréo-alpine, depuis l’Europe à l’Amérique du Nord par l’Asie. C’est la Libellule la plus commune dans les massifs alpins. En déclin sous l’effet des changements climatiques en Europe centrale ; néanmoins en augmentation localement en France, notamment en Rhône-Alpes. Elle est considérée pour ainsi dire disparue d’Ukraine, d’Hongrie et du Luxembourg. Eaux stagnantes d’altitude (marais et tourbières), jusqu’à 2700 m d’altitude dans des lieux bien ensoleillées ; en plaine dans les zones boréales. La sous-espèce mongolica a été observée en migration à plus de 5000 m d’altitude. Vole de mai à octobre (novembre).

Les données de cette espèce sont masquées sur Faune France.

Indiquée dans le Doubs par Pidancet (1856) sous  »Aeschna justi » Pidancet, 1856. Selon de Selys Longchamps (1850), elle pourrait se trouver en France et aurait été prise par E.Foudras non loin de Lyon. Elle est dans l’essentiel des massifs français : Pyrénées, Massif Central, Alpes, Jura, Jura et dans une moindre mesure Ardennes. Manque en Corse. Erratique en quelques autres endroits.

Aveyron – Seulement dans le Massif de l’Aubrac (Dommanget 2001).

  • de Selys Longchamps E. 1850 – Revue des Odonates ou Libellules d’Europe. – Bruxelles, Paris.
  • Dommanget J.L. 2001 – Le point sur les connaissances relatives aux Odonates du département de l’Aveyron. – Martinia, 17 (3) : 95-106. – PDF LINK